nabil abdenadher

  • Confidence d’un superviseur pour les élections en Tunisie

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    Nabil Abdenadher-ssssss1111.jpgLe 23 octobre est un jour historique pour toutes les tunisiennes et les tunisiens épris de liberté. Pour la première fois de leur histoire, le pays a connu des élections transparentes qui rompent avec l’ancien système, celui du trucage, du bourrage d’urnes et des résultats connus d’avance.  Certains électeurs ont dû faire la queue durant 5 heures pour accomplir leur devoir électoral. Nabil Abdenadher, Professeur à l'Université des Sciences Appliquées de Suisse Occidentale (HES-SO, hepia Genève) a été un observateur de premier plan pour ces élections. Professeur émérite constamment sur le départ vivant entre la Suisse et la Tunisie presque à part égale a bien voulu nous raconter son expérience avec cette démocratie naissante. Pour l’ATIDE (Association Tunisienne pour l’Intégrité et la Démocratie des Elections), il a formé les observateurs indépendants de Genève et de Lausanne avant de regagner Tunis pour assister un autre groupe sur place. Sa journée du 23 octobre sur le terrain a commencé à 6h15 et s’est prolongée tard dans la nuit... Nous l’avons rencontré hier à Genève et avant de nous livrer ses premières impressions il nous a fait part de ses nombreux projets pour la nouvelle Tunisie. Nabil Abdenadher comme beaucoup de tunisiens de bonne volonté est animé par cette flamme qui veut accompagner la Tunisie dans sa nouvelle ère, celle du 14 janvier 2011.
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    IMG_0235-ssssss1111.jpgChronique d’une élection historique…
    "Ce 23 Octobre 2011 restera à jamais gravé dans ma mémoire. Pour la première fois de ma vie, j’ai pu «vivre» de vraies élections démocratiques et voté librement. Ce jour la, je n’étais pas seulement citoyen électeur, mais aussi superviseur d’un groupe d’observateurs de l’ATIDE 
    06h15, 45 minutes avant l’ouverture des centres de vote, j’étais déjà en « poste » avec mes observateurs pour les dernières retouches. Les consignes sont claires : un observateur est par définition indépendant, neutre et passif. Sa mission est de noter et transmettre les irrégularités. Le mot d’ordre est donc: « pas de couleur, pas d’odeur, pas de gout ».
    06h30, je voyais les premiers électeurs commencer à affluer. Les responsables de bureaux et centres de votes ouvraient leurs portes pour les observateurs et les représentants de partis.
    07h00, sous un soleil rayonnant, de longues files d’attentes se dessinaient déjà devant les centres et bureaux de vote qui ouvraient leur porte au public.
    IMG_0238-ssssss1111.jpg10h : Dans les cinq centres dont j’avais la responsabilité, les files d’attentes serpentaient les rues. Cela ne semblait pas décourager les gens qui continuent à affluer. Sous un soleil de plomb, munis de bouteilles d’eau, de casquettes, de parapluies, jeunes et moins jeunes parlaient, discutaient, vivaient ces instants de liberté tant attendus. Libres et fiers de pouvoir enfin valoriser sa voix, exprimer sa préférence, … tout simplement voter.
    Entre 7h et 19h : Je parcourais à intervalles réguliers les cinq centres de vote. Je répondais aux questions des observateurs, les remplaçais lorsqu’ils allaient voter et assurais le relais avec le centre régional de l’ATIDE. Certains électeurs me posaient des questions, pensant que je suis l’un des responsables du centre de vote. Malgré le nombre important d’électeurs, l’organisation était au rendez-vous.
    IMG_0236-ssssss1111.jpg19h : Certains bureaux de vote ont déjà fermé et commencent le dépouillement. D’autres continuent à recevoir les électeurs présents. Les premiers résultats s’afficheront sur les portes dans quelques heures.
    Peu importe les vainqueurs « politiques » de ces élections. L’essentiel est que la Tunisie a pu franchir le premier pas dans la mise en place d’une culture démocratique suffisamment stable et ancrée dans les esprits pour faire barrage à toute tentative de dérive. Dans cette logique, il n’y a que des vainqueurs, pas de vaincus. Les perdants « politiques » d'aujourd'hui seront certainement les gagnants de demain.
    En cette année 2011, la Tunisie offre au monde arabo-musulman deux cadeaux. Le premier, involontaire et improvisé, a été livré le 14 Janvier 2011. Le second, minutieusement préparé et packagé, a été offert le 23 Octobre 2011.
    En cette fin 2011, si je suis fier d’être Tunisien, c’est bien parce que ce pays, est sans nul doute le seul dans le monde à avoir offert à ses fils, en l’espace de quelques mois, une révolution pure comme l’eau de roche et des élections dignes des grandes démocraties."

    Article paru dans Kapitalis le 12 novembre 2011

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    Photos: Nabil Abdenadher
    Et demain est un autre jour!