Le prix du meilleur lecteur

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Sans titre-7-ssssss.jpgComme toute peine mérite salaire, toute distinction aboutit forcement à un prix. Qu’il soit symbolique ou concret, le prix qui récompense le plus valeureux, c’est ainsi qu’on doit le prendre ne remporte pas toujours l’adhésion totale. Dans le sport en général il y a le score qui départage les joueurs alors que dans d’autres domaines c’est l’appréciation personnelle qui fait foi. Les miss, les écrivains, les cinéastes, les musiciens et j’en passe en savent quelque chose. Cette entrée en matière est un prélude pour parler d’un lecteur assidu qui mérite un prix. Anonyme parmi les anonymes mais qui a un visage. Je le rencontre souvent dans les bistrots de quartier, ceux qui ont gardé une âme et qui favorisent par leur ambiance la lecture et l’écriture, des lieux qu’affectionne feu Georges Haldas. Je me débrouille pour m’assoir à côté de lui sans toute fois déranger le cérémonial qu’il se livre à chaque occasion. Son histoire m’intrigue et je n’ose pas le faire sortir de son monde...pour mieux le connaître. Jamais plus de deux mots échangés avec le serveur. “Une limonade” et “encaissez”!
Des écouteurs dans les oreilles, il commence par lire un journal puis sort un premier livre, un deuxième et enfin un troisième. Jamais les mêmes. Il se déplace avec un sac à dos ou un grand sac. Il détache l’étiquette du prix sur les livres, c’est une manie et commence religieusement sa lecture. Il souligne méticuleusement certains passages au stylo, revient en arrière pour mieux avancer. Abandonne le premier livre et entame le second et le scénario se renouvelle avec le troisième. Deux heures après il prend ses affaires et quitte les lieux pour aller jouer la même partition ailleurs. Comment je le sais? Le hasard de mes pérégrinations nocturnes m’a mis devant ce personnage deux fois de suite la même soirée.
A cet inconnu au visage connu je décerne le prix du lecteur assidu. Ne pouvant le récompenser concrètement je me contente de lui octroyer le prix symboliquement. Si vous le rencontrez ne lui dites rien. Observez-le et laissez-le dans son monde!

Haykel Ezzeddine

(Photos: Haykel)

Texte paru dans le blog collectif du 21 novembre. Pour lire les contributions de Jean-Marie Gumy, Robert Conrad, John Goetelen et Djemâa Chraiti cliquez ici

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