17/11/2013

Genève: Le carrousel des exclus, ronde infernale

© swingvoodoo - Fotolia.com.jpgCela fait un moment que la talentueuse blogueuse Djemâa Chraiti n’a pas abreuvé ses blogs. Un coup de fatigue ou lassitude, une démotivation à court ou à long terme? Rien n’est définitif rien n’est figé pour l’éternité. Voilà qu’elle se manifeste par le biais de mon blog pour raconter l’histoire poignante d’un exclu du système. A travers son histoire beaucoup se reconnaitront. La Suisse compte par milliers des exclus qui n’ont pas droit au même traitement. On a beau posséder le fameux passeport rouge avec la croix blanche mais rien a faire quand on se présente pour un travail. Les noms à consonances exotiques n’ont pas la même valeur que d’autres dont l’appellation est de souche purement helvétique. Le désarroi de certains conduit aux pires actes.   

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"Un homme est allongé, plus blanc que ses draps, le souffle court, la tension basse, le regard perdu légèrement vitreux, la voix n’est plus qu’un filet inaudible. Aux urgences tout n’est que bip, roulement rapide de brancards, cathéter posés rapidement, prises de sang, scanner, cris de douleurs, les soubresauts d’un infarctus secouent un vieil homme. Lui n'entend rien, il ne sait pas précisément où il se trouve, il ne sait plus, peut-être qu'il est passé de l'autre côté sans le savoir. Enfin parti !
© creative soul - Fotolia.com.jpgJe me penche sur ce visage fatigué, le drame s’est préparé lentement et s’est joué sur des années ; il s’est déroulé sous mes yeux sans que je puisse ralentir cette longue et pénible chute. Il y a eu les années de l’espoir, de l’apprentissage de la langue, des études réussies trop brillamment sans doute, on ne lui en demandait pas tant , ses bras et moins d’ambition auraient largement suffis, mais il ne l’a pas compris, il a foncé dans cette vie nouvelle après avoir échappé au génocide bosniaque.
Un doctorat en poche, un nom en « vic » et des années de refus, trop qualifié, pas assez, pas encore, moins de, plus de, repassez nous voir dans un an………… la déchéance, le chômage, puis l’hospice, les emplois de solidarité qui soulignent avec effroi et une forme de violence certaine, la désolidarisation d’une société maltraitante qui exclut avec une extrême bonté, le sourire aux lèvres. Quelques compassionnels pétris de bons sentiments ont rencontré ce candidat avec une politesse obséquieuse, quelques autres, politiciens engagés ont grimpé sur son dos à lui et ceux de nombreux réfugiés, précaires et exclus pour arriver à se hisser jusqu’à Berne et les laisser en plan, exactement là où on les a trouvés 20 ans plus! tôt. En 22 ans, cet exclu peut tout vous décrire, vous expliquer, vous pointer du doigt les failles du système.
Du systFotolia_7513393_XS.jpgème et de sa maltraitance institutionnelle, il a en eu assez et il a crié avec la dernière énergie qui lui restait : ASSEZ ! ASSEZ ! Il s’est couché pour ne jamais plus se relever, ne plus essuyer de refus, ne plus se sentir humilié de devoir tendre la main pour l’aide minimum. Il a laissé mourir les plantes qu’il aimait tant et il les a suivies dans cette forme terrible de dessèchement du corps devenu inerte, l’âme en charpille, sans boire et sans manger, les jours ont passé. Il a fallu forcé la porte, l’extraire de ce lit transformé en cercueil tapi sous un duvet transformé en linceul.
Hagard, il vous répète, je suis fatigué de cette vie, de l’injustice, laissez-moi partir !
Au-delà de ce drame humain, il serait intéressant d’analyser de manière objective, ce qu’il est advenu des réfugiés des Balkans arrivés dès 1991, que deviennent leurs enfants suisses et nés en Suisse, tous ces noms qui se terminent  en « vic » qu’on évacue avec une politesse si exquise. La réponse on la pressent et même on la connaît parfaitement, ils sont nettement discriminés comme tous ceux qui malgré le fait qu’ils soient nationaux, ne portent pas un nom appartenant à un Suisse de souche. Combien sont-ils à s’être laissés mourir ou enfermés dans les hôpitaux psychiatriques?  L’exclusion tue et nous le savons tous !
Il va bientôt sortir de l’hôpital et puis quoi après ? Un nouvel emploi de solidarité forcé, dès le mois de janvier 2014 et tourne tourne le carrousel de l’exclusion…….
Djemâa Chraïti

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Et demain est un autre jour!

Commentaires

Ne vous leurrez pas cher Blogueur, c'est exactement la même chose pour ceux qui ont des noms à consonance suisse, il y a peu de temps encore, les noms étrangers avaient bien plus de droits et de soutien que nous, certains l'ont encore. Mon médecin lui-même se révoltait contre cela il y a déjà 15 ans...

Je suis bien sur solidaire de la souffrance de ce Monsieur, qui a donné tout ce qu'il pouvait pendant longtemps à cet Etat qui l'abandonne, mais son nom n'y est pour rien. C'est la même chose pour tous les exclus de la vie, jeunes, malades, infirmes, vieux, qui n'ont d'autre espoir de survie que de payer des avocats à Fr. 450.00 de l'heure qui les escroqueront tout autant et leur prendront le peu de survie qui leur reste.

Et pendant ce temps là, le contribuable paiera de sa sueur le steack quotidien d'une incommensurable incompétence à tous les niveaux d'une pyramide virtuelle, qui n'a de substance que son orgueil démesuré.

Continuez de témoigner et merci de le faire, pour lui, pour tous les autres.

Écrit par : Jmemêledetout | 17/11/2013

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