26/02/2010

Hafidh Ouardiri répond à Kadhafi

848693086.jpgSuite à la dernière sortie de l’infatigable Président Libyen Mouammar Kadhafi qui appelle au “Jihad” contre la Suisse, j’ai interpellé Hafidh Ouardiri directeur de la Fondation de l'Entre-Connaissance pour connaître son avis sur la question et pour nous expliquer le sens du mot “Jihed”. Voici sa réponse:

Vivement la paix Monsieur Khadafi !

"Apparemment la colère de Kadhafi a atteint des degrés culminants  de la démence. Il appelle au jihad contre la Suisse et déclare mécréant tout musulman qui ne répond pas à son appel.
Non, mais pour qui se prend-il ?
Pourtant, il sait mieux quiconque qu'il n'a aucune autorité pour faire une telle déclaration. Les musulmans ne sont ni ses sujets ni ses objets. Mais que voulez-vous il est habitué à l’abus de pouvoir. Il prend ses délires pour des réalités. Nous avons toujours espéré et nous espérons encore que le différent qu'il a avec la Suisse se réglera loin de ses stratégies médiocres et contre productives.
Je crois qu'il faut saisir cette malheureuse occasion pour expliquer, encore une fois, aux uns et aux autres ce que le mot jihad signifie. En effet, ce mot qui veut dire "effort" a deux usages bien distincts.         
Le premier est celui qui consiste à repousser une agression lorsqu'un pays musulman est injustement agressé par un pays tiers ou une puissance ennemie afin de l'occuper, de  le dominer pour spolier ses richesses et assujettir sa population. 215px-Muammar_al-Gaddafi_at_the_AU_summit.jpgLorsque cette situation est avérée, les autorités politiques et religieuses, suite à une consultation mûrement menée avec la population, appellent au jihad (c'est-à-dire à l'effort de libération) pour repousser l'agresseur et préparer la paix. Ce n'est donc pas n'importe qui, qui peut se prévaloir d'une telle autorité pour agir ainsi. Le dialogue est la clé première dont il faut faire usage pour désamorcer ce genre de situation et ce  n'est que lorsque cela devient impossible que cet appel peut être décrété.
La deuxième signification qui est bien plus importante et essentielle, est celle qui consiste en ce que chacune et chacun des musulmans fasse un effort sur lui même pour combattre ses mauvais penchants et ses pulsions négatives afin d'affiner son caractère et de le rendre meilleur pour être utile et solidaire au genre humain en général.
La gesticulation à laquelle on assiste aujourd’hui n'est rien d'autre qu'un coup d'épée dans l'eau qui a des effets négatifs pour nous musulmans et surtout pour la paix de tous. C'est vrai que la malheureuse votation contre les minarets est utilisée et sera utilisée pour servir ce genre de coups d'éclats médiocres.
En tout cas, nous musulmans de Suisse nous nous trouvons condamné à la double peine. Celle causée par ce type de provocation stupide  et celle venant de ceux, adeptes d'une politique populiste, qui saisiront cette occasion rêvée pour l'instrumentaliser contre nous comme ils savent bien le faire. Je crois que le véritable "jihad" à savoir « l’effort » qui devrait être fait de toute urgence est celui de réunir toutes les bonnes volontés de chaque côté pour régler au plus vite cette situation envenimée qui a des accents belliqueux pour régler ce problème, libérer l’otage emprisonné et rétablir des relations normales et fécondes entre les deux pays, pour l'Europe, pour le monde et pour tous les musulmans qui ne sont rien d'autres que des victimes prises en otages dans cette affaire à épisodes multiples.  Vivement la paix !"

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Commentaires

Cher Monsieur Ouardiri,
nous savons tous que ce type est un fou furieux,
qu'il n'a plus toutes ses cases,
si tant est qu'il les ait JAMAIS eu.
C'est dommage, parce que les Lybiens sont, en général,
des gens tout à fait placides et agréables.

Écrit par : csny | 26/02/2010

Khadafi n'est pas un fou furieux, parce qu'un fou ne reste pas 40 ans au pouvoir. C'est un maître de la provocation. Et nous réagissons comme des aveugles.

La question qui importe aujourd'hui n'est pas celle qui consiste à se demander si son appel à la guerre sainte est sérieuse ou non, mais quel bénéfice Khadafi retire-t-il de cette provocation. Le jeu politique n'a rien à voir avec le jeu moral, et aussi longtemps que nous confondons les deux, nous risquons de ne pas gagner.

Écrit par : Jean Romain | 26/02/2010

@ Jean Romain,
Vous avez tout à fait raison de dire que Kadhafi n'est pas un fou furieux et que beaucoup réagissent comme des aveugles.
Il est intéressant et très utile de connaître avant tout, le parcours politico-militaire de Kadhafi depuis environ 45 ans, donc depuis environ 5 ans avant le coup d'état du 1er septembre 1966, pour se faire une idée de ce personnage fantasque.
Visiblement, dans cette affaire helvético libyenne, nos autorités politiques et diplomatiques font tout faut depuis le début. Une méconnaissance grave du comportement et des réactions du chef libyen, toujours possibles, et voilà les conséquences que l'on connaît aujourd'hui. Quand on pense que nos ambassadeurs en place de par le monde sont davantage des organisateurs de mondanités que de véritables interlocuteurs.
L'ancien conseillé fédéral Pierre Graber, avait dit ironiquement à un candidat à la diplomatie, je cite de mémoire :
"Pour obtenir un poste d'ambassadeur, le diplôme d'une bonne école hôtelière suffit".
Comme quoi, on ne négocie pas et on ne réagit pas avec Kadhafi comme avec Obama, Sarkozi, Medvedev ou autres chefs d'État.

Écrit par : Rollmops | 26/02/2010

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