30.11.2009
Un minaret sur la Place Neuve!
Ce n’est pas un poisson d’avril. Le Général Dufour a bel et bien depuis ce matin et jusqu'à 17h00 aujourd'hui un minaret à ses pieds. En carton, en bois, en papier et en tissu il a été confectionné entre 21h00 hier et 4h00 du matin. Il a été confisqué par la police puis remis à la Plac
e Neuve après une autorisation délivrée par les autorités dans un temps record. Derrière ce mouvement citoyen le collectif GLAJ (Groupement de Liaison Genevois des Associations de Jeunesse). Choqués par le résultat d’hier de l’initiative anti-minarets, des jeunes se sont rassemblés dans la soirée et ont décidé de mener une action symbolique en érigeant un faux minaret sur la Place Neuve. Opération fastidieuse qui demande une dextérité dans l’art du bricolage. Tout est fermé le dimanche qu’à cela ne tienne. Ils ont ramassé tout ce qu’ils peuvent leur servir pour l’édification du minaret dans les rues de Genève. Et le résultat aujourd’hui est aux pieds du général Dufour. J’ai rencontré une jeune fille du collectif ce matin à la Place Neuve. Elle n’a pas encore dormi. Elle m’a raconté par le menu le comment et le pourquoi de cette entreprise éphémère. Elle et ceux qui l’ont suivie ne veulent pas cautionner le vote “de la honte” de ce dimanche. Et c’est leur façon de dire Non à l’extrême droite et à l’interdiction du libre culte. D’autres actions symboliques vont suivre nous informe la page Facebook de l’événement: “Le premier nouveau minaret de Genève” qui compte aujourd’hui à 16h15 quelques 97 invités qui ont confirmé leur présence à la Place Neuve.
Vers 11h00 ils étaient une dizaine de collégiens à s’exprimer sur l’initiative anti-minarets. Certains ont même griffonné sur le minaret d’un jour leur colère. Parmi les messages inscrits au feutre sur le minaret un extrait de l’hymne national tunisien du célèbre poète Abou El Kacem Chebbi: “Lorsqu'un peuple veut la vie, force est au destin de répondre. Aux ténèbres de se dissiper et aux chaînes de se rompre ! “
Tous n’ont pas l’âge de voter mais la valeur n’attend pas le nombre des années pour exprimer sa révolte et son indignation.
A lire sur les minarets mes contributions:
Mon invité: Blaise Menu et les minarets
Infrarouge et les minarets: un Oscar à Oskar
Mon invité Salika Wenger et les minarets
Mon invité Ali Benouari et les minarets
Mon invité Hafid Ouardiri et les minarets
Mon invité Pierre-François Unger et les minarets









Conseiller administratif responsable du Département de l'environnement urbain et de la sécurité entre autre chasseur d'affiches sauvages: en rapport avec cette rubrique, les liens suivants:Affiches sauvages, Genève, n'est pas une poubelle, Pierre Maudet, j'adore!, Maudet et Longchamps ouvrent le bal électorel, Sécu-municipaux-cop!, Maudet aux Pâquis!, Maudet promoteur de graffitis et Maudet-Moutinot le combat des titans

14:27 Ecrit par Haykel dans Genève, Photos, Politique, Résistance, Solidarité, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : initiative anti-minarets, un minaret à la place neuve, glaj, genève le 30 novembre 2009, abou el kacem chebbi, pierre maudet |
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29.11.2009
Retour sur la manif-anti-OMC
Spectacle affligeant! Genève se réveille ce dimanche douloureusement pour constater l’étendue des dégâts occasionnée par une horde de sauvages qui se sont livrés à une véritable mise à sac de la ville. Bel Air, les Bergues, la rue du Mont-Blanc, la Gare routière et les Pâquis ont été le théâtre d’un véritable saccage dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Plusieurs genevois ont entamé durant cette journée un “circuit” spontané en ville sur les traces des casseurs. Des mots reviennent tel un leitmotiv: “la honte”, “c’est criminel”; des interrogations: “Pourquoi on a laissé faire sans intervenir rapidement?” “Qui payera les dégâts?”
La manchette du Matin nous apprend que les casseurs sont au nombre de 200. Deux cent individus ont empêché les altermondialistes de s’exprimer. Ces derniers ont fait le voyage à Genève au prix de plusieurs sacrifices pour un résultat décevant. Pire un constat d’échec.
Pour ma part, je ne comprends toujours pas pourquoi la police n’a pas fait preuve de fermeté dès le départ et d’intervention rapide. Tout de suite après la première déprédation sur le Crédit Suisse à la Place Bel Air, les nombreux gendarmes présents sur les lieux à la Place de la Monnaie et au début de la rue de Rhône ont tout vu mais n’ont pas intervenu. Pourquoi? Genève gère mal ses manifestations. Si on n’est pas capable de faire régner l’ordre et de protéger les biens des citoyens n’est-il pas plus sage d’interdire ce genre d’événement? Notre police super équipée se distingue par un déficit chronique dans ses interventions c’est ce que retiendra la rue et l’opinion publique.
Voilà en photos à quoi ressemble notre ville au lendemain d’une journée catastrophique:




























































19:20 Ecrit par Haykel dans Genève, Photos, Politique, Résistance, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : manifestation anti-omc 28 novembre 2009, altermondialistes |
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28.11.2009
Manif anti-OMC, que fait la police?
La manifestation anti-OMC d’aujourd’hui a été dissoute à mi-parcours vers le quartier des Pâquis un peu avant 16h00. Une défaite pour tous les manifestants pacifiques venus en nombre, en familles ou entre amis donner de la voix contre le capitalisme. Genève en cette fin d’après-midi ressemble à un champ de bataille. Un spectacle de désolation indigne d’une manifestation qui se voulait au départ pacifique. Des commerces pillés, des magasins caillassés, des voitures brûlées ou endommagées, des vitres jonchent les trottoirs ici et là, des pneus brûlés, des bombes lacrymogènes, des fumigènes... des cris et des larmes... “Une guerre” urbaine qui a tourné à l’avantage d’une bande de casseurs très mobile et bien organisée. Une première brigade pour casser tout ce qui est à portée de main et un cordon de sécurité pour les protéger. A plusieurs reprises des photographes ont été quelques peu “molestées” parce qu’ils faisaient tout simplement leur travail.
Les casseurs cassent tout sur leur passage sans aucun discernement. Ils s’attaquent aussi bien aux banques qu’à des petits commerces. Leur message: faire le plus de dégâts possible. Pourquoi? Dans quel but? Pourquoi cet acharnement gratuit? Je n’ai malheureusement pas la réponse pour ce que je pourrais traduire par un malaise social qui a conduit à commettre des actes gratuits. La police, apparemment a reçu des ordres pour ne pas trop intervenir à la veille d’une votation cruciale pour le Confédération en générale et pour Genève en particulier. Et si Laurent Moutinot voulait finir son mandat sans faire trop de vague? Et bien il a raté sa sortie et cette tâche noire restera sur son CV. Pendant presque une heure les casseurs se sont défoulés en ville sans qu’ils ne soient vraiment inquiétés. Mais que fait la police? En dépit des premiers casses qui ont eu lieu à la Place Bel Air rien n’a été entrepris pour intervenir contre une bande de fauteurs de trouble qui a semé la panique dans le coeur de la ville et a occasionné de nombreux dégâts matériels. Politique ou pas cette fois-ci les forces de l’ordre ont bel et bien été débordées. Aujourd’hui il y a eu à Genève des manifestants dépités, des casseurs chevronnés, des gendarmes impuissants et une politique d’intervention qui laisse à désirer.
Il est 18h15 du côté de la gare les casseurs jouent au chat et à la souris avec les gendarmes. Qui aura le dernier mot?







































































































































19:20 Ecrit par Haykel dans Associations, Développement durable, Genève, Photos, Politique, Résistance, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : manifestation anti-omc, 27 novembre 2009, genève |
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27.11.2009
Inauguration du Festival Arbres et Lumières
Un reportage PLANETE PHOTOS. Le coup d’envoi a été donné ce soir pour la 9ème édition du Festival Arbres et Lumières. Une inauguration à la Cité du Temps par notre Manuel Tornare cantonal en présence de Pierre Maudet, de Rémy Pagani et d’une foule dense dans une ambiance bon enfant. Vers 18h30, M. Tornare a pris la parole pour remercier et féliciter tous ceux qui ont pris part à l’élaboration de cette manifestation. Par la suite, quelques uns des artistes présents sur les lieux ont intervenu pour présenter en quelques mots leurs oeuvres qui sont officiellement visibles à partir de ce soir et ce jusqu’au 3 janvier 2010 au tour de la rade de Genève.
M. Tornare, conseiller administratif de la Ville de Genève, a tenu à rappeler la difficulté d’organiser ce genre de manifestation quand l’argent manque. Crise oblige, les sponsors se font plus rares et moins généreux. Mais la neuvième édition est aussi belle que les précédentes. C'est encore un bon cru!
Il y avait foule ce soir pour admirer les 10 attractions offertes au public. Opération réussite malgré le froid qui a régné toute la soirée. Voilà en photos quelques moments forts de cette soirée. Je n’ai pas pu visiter les dix attractions à cause du froid, mais promis j’y reviendrai dans les prochains jours.
Genève depuis ce soir, offre un joli panorama nocturne qui fait plaisir aux yeux. Vous avez jusqu’au 3 janvier pour honorer par votre présence ce Festival exceptionnel.







23:50 Ecrit par Haykel dans Genève, Loisirs, Photos, Société - People | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : festival arbres et lumières 2009, tornare, pierre maudet, pagani, genève, la rade |
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26.11.2009
Genève, ville des lumières
La 9ème édition du Festival Arbres et Lumières commencera demain le 27 novembre et se prolongera jusqu’au 3 janvier prochain. Genève, ville lumière transformée l’espace de quelques jours en un grand tableau lumineux. Dix oeuvres égayeront la ville de la plus belle des manières. Et c’est au Jardin Anglais que la moitié des oeuvres élira domicile pour profiter des merveilleux platanes qui occupent les lieux. Hier soir, je suis allé en éclaireur pour repérer en avant-première les 10 attractions mais malheureusement, tout n’est pas encore prêt mais demain à 18h00 le rendez-vous est pris pour l’inauguration officielle. Les Genevois sont invités à venir en nombre pour profiter du spectacle et parler avec les artistes, maîtres d’oeuvre d’une oeuvre éphémère. Demain, il y aura des cracheurs de feu, des musiciens de rue, des officiels, dix artistes dont deux suisses, de la lumière, des arbres joliment décorés...et une rade complètement transformée. Un bonheur lumineux! Pour ceux qui ne veulent pas attendre demain, ce soir jusqu’à 22h00 les organisateurs vont procéder à des tests avant le lancement officiel d’un festival qui est devenu au fil des ans un événement incontournable de la vie nocturne des genevois pendant la période des fêtes. J’y reviendrai avec de nouvelles photos
PS: On peut participer au concours organisé pour la circonstance en envoyant jusqu’au 31 décembre une photo illustrant une des 10 oeuvres exposées.




Animations gratuites pour le public
Cracheur de feu: Présence sur différents sites du Festival tout au long de la soirée
Petit train: Départs depuis la Place du Rhône à 20h00 – 20h40 – 21h20 – 22h00– 22h40
Visites guidées: 4 départs à 19h30 depuis l’Ile Rousseau
Place du Rhône: Distribution de barbapapas
Rotonde du Mont-Blanc: Distribution de popcorns
Quai du Mont-Blanc: Distribution de portions de raclette
Place des Bergues: Animation musicale avec un orgue de barbarie
Ile Rousseau: Verre de vin chaud offert
Horloge fleurie: Distribution de marrons chauds
Jardin Anglais: Animations pour les enfants avec un clown et une
distribution de ballons aux couleurs du FAL


16:34 Ecrit par Haykel dans Culture, Genève, Loisirs, Photos | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : genève, festival arbres et lumières 2009 |
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24.11.2009
Mon invité: le pasteur Blaise Menu et les minarets
Y’a pas mieux qu’un homme de foi pour parler de l’initiative anti-minarets soumise ce dimanche à la votation. Je n’ai pas choisi n’importe quel pasteur, j’ai sollicité Blaise Menu, personnalité connue et reconnue à Genève pour ses engagements avec la jeunesse et ses activités “extra-religieuses”. Depuis son arrivée au mois de septembre 2008 au Temple de la Fusterie il a transformé ce lieu de culte en un endroit de dialogues et de rencontres. Le temple sous sa houlette est devenu un trait d’union entre les genevois protestants et toutes les autres confessions. Il a organisé et il continue a le faire avec bonheur plusieurs débats avec la société civile, des hommes politiques et des personnalités de tous bord. Les jeudis de l’Espace Fusterie sont devenus des rendez-vous incontournables pour tous ceux qui suivent l’actualité. Partageant son temps de travail avec l’AJEG (Animation jeunesse de l’église protestante de Genève), Blaise Menu est content du chemin parcouru et du travail accompli avec la présentation du 5 au 15 novembre du spectacle “Génération Calvin” et de la commémoration du 500ème anniversaire de la naissance de Jean Calvin pour lesquelles il s’est beaucoup investi. Avec ses neuf ans d’expérience en tant que pasteur, Blaise Menu ne compte pas s’arrêter là. Il a beaucoup d’idées et veut poursuivre son travail de dialogue entre les religions et de “facilitateur” spirituel auprès des jeunes. Affable, souriant, constamment à l’écoute et la main tendue, Blaise n’est point blasé, il souhaiterait connaître par le menu ce qui a annimé les initiateurs de l’initiative anti-minarets. Lundi je suis passé à la Fusterie le prendre en photo. Une imposante tribune occupe les lieux au Temple, Blaise Menu ne semble pas prêt de la démonter de sitôt malgré la fin du spectacle “Génération Calvin” le 15 novembre dernier. Bien que rien n’est prévu dans le programme comme spectacle, la présence de cette tribune est une source d’inspiration pour le pasteur de la Fusterie. Dans quelques jours je suis sûr qu’il trouvera une utilité à ses gradins. Blaise Menu est un excellent “menu”. Voici ce qu’il pense de l’initiative anti-minarets:
"Le débat sur les minarets a fait enfler les pages de tant de blogs qu’il paraît un peu vain d’ajouter quoi que ce soit. Mais les inepties, les contresens et le délire identitaire qu’on nous sert depuis des semaines ont fini par aiguiser ma conscience de citoyen et de théologien, et c’est à ce double titre que je réponds à l’invitation de ce blog, à défaut d’en entretenir moi-même, pour exposer mon point de vue.
Une loi: où et pour faire quoi ?
Comme citoyen, je me dis: une chose est d’édicter des lois qui gèrent l’espace public, une autre est d’inscrire dans la Constitution des lois qui ont pour vocation de marquer les contours fondamentaux de l’espace social. Or je constate qu’avec cette votation, il s’agit ici d’une disposition constitutionnelle (bien plus impérative et massive qu’une “simple” loi) dont les relents restrictifs et condescendants nous plongent en plein XIXe siècle. Si donc on veut légiférer au niveau constitutionnel, c’est que le problème est sérieux. Mais où est le problème ? Est-il réel et établi, ou construit à la faveur des débats interminables de ces derniers mois ? Je trouve que le débat instille un singulier manque de confiance dans la qualité et la solidité de nos institutions, une fois encore.
Une lecture fondamentaliste
Sur ce, lisons les documents des initiants. Et le théologien de constater que les arguments de l’UDF ou du comité d’initiative sont pour le moins troubles, que ce soit à la faveur de citations spécieuses, ou d’extraits bibliques ou coraniques trop bien choisis. Dans le domaine biblique, précisément, j’y vois une lecture fondamentaliste, arrangée, sommaire. Pour le dire autrement: les initiants se font aussi fondamentalistes que les islamistes qu’ils veulent dénoncer, tandis qu’ils touchent en fait à l’islam et à telle de ses expressions. Leur lecture du Coran est aussi superficielle et ciblée que celle qu’ils font de la Bible, hélas, et elle est aussi inacceptable que celle qu’en font certains musulmans, hélas aussi. Or il est du devoir d’une conscience éclairée de refuser cette instrumentalisation des textes saints.
Exemple. Au petit jeu des versets bibliques, on peut certes citer Deutéronome 28,43 comme le fait l’UDF dans son argumentaire: “L’étranger qui sera au milieu de toi s’élèvera toujours plus au-dessus de toi, et toi, tu descendras toujours plus bas.” Tant qu’à faire, on pourrait même citer pire, le choix ne manque pas, assurément, tant la figure de l’étranger sert volontiers de repoussoir. Mais, hors de tout contexte, on aura tôt fait d’oublier que Dt 28,43 s’insère comme une malédiction parmi beaucoup d’autres adressée au peuple s’il n’écoute plus la voix du Seigneur et s’il ne met plus en pratique ses commandements (cf. Dt 28,15). Quelle est cette loi ? Elle est rappelée notamment en Lévitique 19,32-33, dans un passage de prescriptions assez hétéroclites: “Quand un émigré viendra s’installer chez toi, dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas. Cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme un indigène, comme l’un de vous; tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes vous avez été des émigrés dans le pays d’Egypte. C’est moi, le Seigneur votre Dieu.”. Là non plus, les citations ne manquent pas...
Minaret = extrémisme ?
Par ailleurs, la lecture du minaret faite par les initiants est unilatérale, le raccourci suggestif mais absurde (minaret = extrémisme islamiste), et l’intention manipulatrice en ce sens qu’elle exploite les inquiétudes et les peurs sociales en pariant sur un avenir trouble et incertain. Il n’y a qu’à voir les photos tendancieuses des argumentaires et les affiches grotesques qu’on nous inflige ces temps pour s’en rendre compte. Et la version politiquement à peine mois incorrecte de l’équation (minaret = domination) l’emporte par sa force suggestive mais ne résiste pas à l’analyse, à moins de considérer de ce point de vue que les clochers de temples et des églises, pas plus utiles que les minarets, mériteraient le même sort, ce dont il n’est manifestement pas question ici, étonnamment. Face à cela, il convient de garder raison et de ne pas céder aux sirènes de ce populisme plus ou moins chrétien. Ceux-là même qui dénoncent la signification symbolique du minaret, selon leur lecture, oublient un peu vite cet autre objet symbolique, souvent étendard de conquête et de domination porté par l’Occident au fil des âges – et qu’il demeu
re pour certains: la croix.
L’équation minaret = intégrisme marque les esprits à force d’être répétée, jusqu’à la nausée. Mais ce présupposé, sur lequel les partisans de l’initiative basent leur argumentaire, n’est ni réellement prouvée ni étayée par des faits et des chiffres en contexte suisse. Et je dis bien “suisse”, au sens où ni le Royaume Uni, ni l’Allemagne, ni la France, pour ne prendre que des pays souvent cités en contre-exemple, n’offrent de correspondance à l’islam vécu chez nous. Y a-t-il en Suisse quelques excités et personnes aux propos inacceptables, rétrogrades, patriarcaux voire tribaux, notamment sur la condition de la femme ? Hélas oui, mais qu’on se rassure: chez les chrétiens aussi, malheureusement. Et chez d’autres sans doute aussi. Chaque chose en son temps, m’objectera-t-on, mais je me languis de voir les petits combattants de l’islamisme se lever contre des inégalités plus... indigènes et coutumières.
Portée symbolique
Reste que l’argument des minarets est symbolique. Précisément, mesure-t-on assez la portée symbolique de ce vote, qui est et demeure, quoi qu’on en dise, un vote de défiance, dans la mesure il est un vote d’interdiction à l‘égard d’une minorité de citoyens et d’habitants de ce pays, prenant prétexte à la relative inutilité du minaret pour mieux l’interdire ? Mais pourquoi vouloir interdire ce qui, en somme, ne s’impose pas ? L’argument se mord la queue: ce serait comique si ce n’était pas si grave et si l’on n’avait ce sentiment d’un problème créé de toutes pièces à des fins électoralistes.
Les initiants font craindre des dérapages - que la législation actuelle permet manifestement d’éviter. Pire: on lit même que l’Europe pourrait devenir musulmane, à la faveur d’un grand complot islamiste, parce que quelques allumés ou intellectuels en mal de publicité ont eu des mots que personne ne va vérifier mais que tout le monde répète jusqu’à s’en convaincre. Du coup, on prend prétexte du minaret pour faire la morale, levant le doigt plus haut encore ! Aujourd’hui, les sermonneurs ne montent plus en chaire: ils emplissent les blogs et les médias, avec conviction mais sans références, n’hésitant pas à mêler tout avec n’importe quoi.
La question de la réciprocité
Ainsi l’évocation des droits accordés ou pas aux non-musulmans dans des pays à majorité musulmane: pour le dire tout net, quitte à choquer, il s’agit résolument ICI d’un faux problème et d’une instrumentalisation indue; comme s’il fallait être aussi prohibitif et finalement aussi intolérant que ceux dont on dénonce le comportement... Belle démonstration de maturité démocratique, assurément ! Il m’étonne de voir aujourd’hui ceux qui veulent nous donner des leçons de démocratie être prêts à voter des lois d’exception et fouler au pied les principes même de la démocratie sous prétexte de se prémunir de l’intégrisme musulman, comme si l’intégrisme ou le fondamentalisme chrétiens, pour ne prendre qu’un exemple familier, ne constituaient pas eux aussi un sérieux problème sociétal.
En évoquant cela, je sais pouvoir heurter celles et ceux qui ont connu les persécutions et les intimidations, qui les subissent encore et qui restent meurtris dans leur âme comme dans leur chair. Je ne saurais nier les graves problèmes rencontrés, notamment en Egypte et dans combien d’autres pays!, par des chrétiens ou des non-musulmans dans la pratique de leur foi, pour ne pas dénoncer ces situations de souffrance et de persécution intolérables et scandaleuses. Je peux dès lors souhaiter de tout citoyen, musulman ou non, qu’il s’engage et pétitionne afin de faire pression sur ces gouvernements ou sur les autorités religieuses qui cautionnent des pratiques indignes, notamment vis-à-vis des femmes, qui paient un lourd tribu à l’obscurantisme social ou religieux.
Mais par rapport au débat sur les minarets, puisque ce seul sujet nous importe ici, je dis: ET ALORS ?! Quel rapport ? Quelle pédagogie mettons-nous ICI en oeuvre en voulant interdire les minarets ? A quelle situation objective et quelles demandes concrètes sommes-nous confrontés ? Combien y en a-t-il déjà de minarets, en Suisse ? Quatre ? Cinq ? Avons-nous jamais eu le moindre souci à Genève à ce propos qui ne pût être réglé ? Franchement, la gestion de l’espace public ne se résume pas à des chamailleries de cour d’école – or c’est bien ce qu’on nous sert depuis plusieurs semaines sous prétexte de clairvoyance.
Idéologie sous-jacente
La paix religieuse doit être maintenue, certes, mais pas de cette manière, c’est-à-dire sur le dos d’une population-cible. Il y a peu, on parlait beaucoup des étrangers ou des réfugiés; ceux-ci peuvent être reconnaissants aux musulmans de ce pays (souvent rapidement assimilés aux catégories précédentes, d’ailleurs), de leur laisser un peu de répit. Trêve d’ironie: je fais fi du reproche de naïveté lorsque je vois des gens argumenter de façon voilée (!) ou à coup de versets bibliques complaisants: en se parant des atours du souci politique, ils véhiculent une idéologie politique chrétienne qui ne s’avoue pas et qui, in fine, vient à dire de manière exclusive et fort peu démocratique: “Jésus Christ est seul Seigneur”, idéologie dont ils n’assument que partiellement les logiques et les conséquences – fort heureusement, d’ailleurs. Faut-il dès lors renoncer à toute conviction ? Certes non, mais jusqu’à quel point cette conviction prime-t-elle sur le droit ? Je ne suis pas sûr que la nostalgie d’une situation de chrétienté soit absente des esprits. Dès lors, je suis frappé de voir combien, prenant appui sur la rapide et seule lecture d’un choc des civilisations, on est enclin à partir en croisade au nom de la paix religieuse. Car c’est bien d’une croisade qu’il s’agit ici (il n’est pour s’en convaincre que de constater la fougue des partisans lors d’un débat public), et cette initiative n’est pas anodine, tant s’en faut. Les initiants argumentent d’un principe de précaution face à la prolifération (avérée?) de demandes communautaires de la part des musulmans, pour mieux s’en défier. Bien. Je demande: si cette initiative-là est acceptée, quelle sera la prochaine ? Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?
Des combats ciblés
S’il faut être clair pour écarter tout propos équivoque, soyons-le: non, nous n’accepterons pas que des lois (d’inspiration musulmane ou de quelque inspiration qu’elles soient) qui ne respecteraient ni l’intégrité, ni la liberté, ni l’égalité des êtres humains (et singulièrement celles des habitants de notre pays) viennent remettre en cause l’essentiel de ce que la démocratie suisse a su construire, parfois dans la douleur, depuis plus de 150 ans. Oui, à l’inverse de ce qu’imaginent ceux qui nous vassalisent à l’islam et qui confondent le respect critique avec la révérence, nous nous battrons pour que le droit soit respecté, comme nous donnons aujourd’hui de la voix contre les prophètes de malheur soi-disant éclairés qui veulent nous convaincre que l’islamisme commence au pied d’un minaret, et qu’interdire cette construction est faire preuve de discernement spirituel et de maturité politique.
Disons-le tout net: cette initiative anti-minarets est une mauvaise réponse à de bonnes questions, celles qui touchent notamment à la reconnaissance de l’identité religieuse et culturelle des migrants musulmans, à celle des communautés musulmanes en Suisse, à leur intégration, à l’articulation entre préférences communautaires et règles publiques, à la place de la femme dans l’imaginaire musulman et ses relations à l’homme, à la liberté de pratiquer ou non sa religion, voire d’en changer, à la formation des cadres (imams notamment) par des filières certifiées (comme pour les pasteurs réformés dont je suis), à la liberté d’expression, permettant la critique, et à la nécessité d’une harmonieuse cohabitation socio-religieuse dans toutes les étapes de la vie: à l’école comme dans les loisirs, au travail comme dans le cadre de soins hospitaliers. Or le débat actuel ne crée qu’un écran de fumée qui permet de mieux éviter ces questions-là, vraiment importantes, lesquelles devraient mobiliser nos énergies et notre discernement au lieu de voir ceux-ci dispersés vers des objets sans intérêt et des faux débats.
Surmontant le Kulturkampf, catholiques et protestants de ce pays ont mis du temps pour parvenir à s’entendre à nouveau et à trouver respect. Certains n’y arrivent toujours pas ? Tant pis pour eux, tant qu’ils ne font pas s’enliser la Suisse. Dans la tradition positive de nos Eglises, puissions-nous aujourd’hui faire profiter de notre expérience critique, de notre discernement et de notre sagesse constructive celles et ceux qui en ont besoin, au lieu de légiférer à la hussarde et de faire de la théologie de boulevard. Nous nous en porterons tous mieux au soir du 29 novembre prochain. Et nous n’aurons rien perdu de notre lucidité."
Blaise Menu, pasteur EPG
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20:57 Ecrit par Haykel dans Genève, Photos, Politique, Spiritualités, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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