27/08/2009

De l’inutilité de la rentrée littéraire

Des livres pêle-mêle, des livres à la pelle qui s’entassent à n’en plus finir sur les étagères déjà encombrées des libraires pour cette sempiternelle rentrée littéraire...Le chiffre depuis des années n’a pas bougé…En veux-tu ? En voilà. C’est stable mais c’est énorme, grotesque…Rien que pour la rentrée qui s’étale sur deux mois on doit se farcir 659 romans, 20 de moins que l’année dernière, 68 l’année d’avant…et 24 de moins pour l’année 2006... Bientôt, on va nous proposer les livres au kilo.5496_1161419888607_1621127854_447917_7260834_n.jpg

Des chef d’œuvres, des bides et un ramassis d’encre indélébile appelés à rejoindre au panthéon de l’oubli la production de l’année dernière et de celle de l’année d’avant et de celle qui l’a précédée et de celle de l’année prochaine et de celles qui suivront.

Trop sollicité, le lecteur forcément perdu et démuni (matériellement) devant une telle profusion ne peut tout ingérer ni digérer même si vous tentez d’éclairer sa lanterne…On n’a pas les moyens matériels ni intellectuels d’acheter et de lire toute cette production. De grâce Messieurs les littéraires épargnez-nous ce jeu de massacre annuel.

Dans un souci de réaliser leur quota, les grandes maisons d’éditions nous prennent en otage avec ce genre de logique commerciale. Trop de papiers inutilement utilisés, trop d’encres noircies sur des kilomètres de pages immaculées par la médiocrité. Les arbres sont décimés, les forêts souffrent et nous aussi. Basta ! On se moque du lecteur, de l’acheteur, du client tout court. Ils font fortune sur le dos de notre infortune intellectuel.

J’aimerais interpeller les hommes et les femmes qui veillent jalousement sur ce domaine : Pourquoi les écrivains, les éditeurs, les critiques littéraires, et les libraires ne se sont jamais penchés sur le confort du principal intéressé pour qui les livres existent : le lecteur ? De mémoire de papivore, je n’ai jamais vu, entendu ou lu un écrivain se poser ce genre de questions existentielles au sujet de ses lecteurs :

-Est-ce qu’ils aiment mon style ou préfèrent un autre ?

-Quelles genres d’histoires ils aimeraient lire ?

-Le prix de mes livres leur convient ?

-La maquette et la police de caractères sont suffisamment à leur goût?

-Quelles genres de couvertures les attirent le plus ?

- L’ordre des chapitres et la qualité du papier sont ils à la hauteur ?

- Mes lecteurs sont plutôt jour ou nuit pour raccorder mon écriture à leur lecture ?

- Les 10 premières pages sont elles aussi importantes que le reste du livre ?

-Pour être lu par le maximum de lecteurs n’est-t’il pas plus judicieux de négocier à la baisse mon contrat avec mon éditeur pour faire baisser le prix de mon livre à sa sortie ou bien accélérer le délais de la sortie en poche au profit de mes nombreux fidèles infortunés?

-Devrais-je changer d’éditeur pour être plus visible en librairie ?

- Et ma présence dans les médias, vous pensez que je devais y être assez souvent pour pouvoir répondre à toutes vos questions même les plus indiscrètes ou c’est un luxe inutile dont je m’abstiendrais ?

Je me suis risqué dans l’imaginaire à poser toutes ces questions à un écrivailleur et ils sont nombreux sur cette planète et voici sa réponse: « les hommes de lettres qui ont le monopole de la plume ne sont pas forcément des mercenaires, qu’ils ne sont surtout pas à la solde de n’importe quel lecteur ou du premier lobby venu et qu’ils ne tiennent pas à se faire dicter par quiconque la démarche à suivre ni le chemin le plus court à parcourir pour continuer sa route vers sa banque préférée et que de toute façon on ne peut cloner Hugo ni Dumas, c’est trop tard. C’est à prendre ou à laisser. Après avoir lu et relu tes classiques me répond-il, tu n’as pas d’autre choix que de me lire sinon te rabattre sur le réchauffé… »

A reculons, comme une écrevisse (1), et De bonne guerre (2), je verse Les larmes d’Allah (3) et je lui réponds : Je fais Une promesse : Puisque rien ne dure (4), Seras-tu là (5) dans quelques années parmi mes classiques ? Plus encore ! (6), Rendez-vous (7) Le grand soir (8) dans L’impasse (9) à l’Ouest (10), à la Grande jonction (11) au Café Viennois (12) et Mangez-moi (13), sinon, j’irai directement interpeller Le syndicat des pauvres types (14) pour vous faire Disparaître (15) du paysage littéraire.

 

(1) D'Umberto Eco chez Grasset

(2) De Philippe Roch chez Robert Laffont

(3) De Patrice de Méritens chez Robert Laffont

(4) De Laurence Tardieu chez Stock

(5) De Guillaume Musso chez XO

(6) De François de Closets chez Fayard/Plon

(7) De Christine Angot chez Flammarion

(8) De François Dupeyron chez Actes Sud

(9) D’Antoine Choplin chez la Fosse aux ours

(10) D’Olivier Adam chez l’Olivier

(11) De Dantec-M.G chez Albin Michel

(12) D’Halberstadt Michèle chez Albin Michel

(13) De Desarthe Agnes chez L’Olivier

(14) De Faye Eric chez Stock

(15) D’Olivier et Patrick Poivre d’Arvor chez Gallimard

Quelques un des livres qui ont paru à la rentrée de 2006

Des extraits de cette note ont été publiés dans le Courrier des lecteurs du magasine Lire au mois d’octobre 2006. Rien n’a changé depuis à part les titres des livres.

Rubrique Pierre Maudet:

Conseiller administratif responsable du Département de l'environnement entre autre chasseur d'affiches sauvages: en rapport avec cette rubrique, les liens suivants:Affiches sauvages, Genève, n'est pas une poubellePierre Maudet, j'adore!, Maudet et Longchamps ouvrent le bal électorel, Sécu-municipaux-cop! et Maudet aux Pâquis!

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Rubrique Jet d'eau:
Voir mon reportage
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Rubrique vélo:
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Rubrique touriste:
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Rubrique casse-croûte:
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Dans les rues de Genève:
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Avis de recherche:
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Et demain est un autre jour!

Commentaires

Les questions énumérées sont la négation même de la littérature. La réponse à la moindre d'entre elles nous priverait de Proust ou de Musil. On ne construit pas une oeuvre comme on réalise un feuilleton pour TF1. Sinistre démagogie! Ce qu'on peut reprocher à certains auteurs, justement, c'est de ne pas écrire exclusivement dans la nécessité. C'est de chercher à plaire. Il y a pléthore de livres, c'est certain. Et là dedans, du bon (rarement), du moyen (la plupart) et du mauvais (trop). Mais c'est justement cette diversité qui permet au lecteur de faire son marché. Une diversité (tant sur la forme que le fond) impossible à trouver sous les régimes autoritaires.

Écrit par : Zorg | 27/08/2009

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